24.01.2008
Vivre au Congo ex-belge

DESTINATION : KINDU PORT - EMPAIN
Anciennement appelé Port Empain, Kindu est situé le long des deux rives du Lualaba, à une altitude de 450 mètres. Chef-lieu du district du Maniéma, Kindu est la tête de ligne des chemins de fer Kindu-Kongolo-Albertville, vers le Tanganika (Tanzanie) et Kindu-Kabalo-Kamina vers Tenke-Dilolo-Lobito (Angola).
Kindu est un grand port intérieur et le terminus de la navigation sur le fleuve (sur le bief Ponthierville - Kindu). En amont de Kindu, le Lualaba n'est pratiquement pas navigable. On utilise alors le rail.
La ville de Kindu est, dans sa grande partie, située sur la rive gauche du fleuve. Un bac permet le passage d'une rive à l'autre (bac pour passagers et bac autos-camions).
A partir de Kindu
Vers le Nord : on atteint les mines d'or de Kilo-Moto.
Vers l'Est : on atteint les mines d'étain, Albertville sur le lac Tanganika, Kigoma sur l'autre rive du lac en Tanzanie et Dar-Es-Salaam sur l'océan indien.
Vers le Sud : on atteint les mines de cuivre du Katakga et l'Afrique du Sud par la Rhodésie.
Vers l'Ouest: on atteint l'Océan Atlantique, à Matadi via Léopoldville, à Lobito via Dilolo ou les mines de diamant via le Kasaï.
Développement de Kindu
Kindu s'est développé rapidement. En trois années, on a vu s'installer nombre de sociétés coloniales, colons et commerçants.
Elakat : Elevage du Katanga : entrepôts, viandes et vivres congelées.
Cofolac : société foncière
Regideso : production d' électricité (6600-220 Volts) - production et distribution d'eau potable - traitement et filtrage des eaux à partir du fleuve.
Sedec-motor : outillages, moteurs électriques, à essence, diesel, matériaux divers, denrées coloniales.
Transkat : transports
Sabena : bureaux et dispatching
Symétain : société minière.
Mikeleau : fabrication et conditionnement d'eau gazeuse en bouteille.
Garage : famille Bustin.
Trois hôtels : Léo II - Maniéma et Relais.
Imprimerie : offset - reliure - papeterie - livres.
Kindu-Photos : librairie - photographies
Colons : matériaux de construction ( briques - ciment - moëllons - extraction de sable du fleuve) carrière de pierres de construction - électricité - soudure et ferronnerie - menuiserie - boucherie - agriculture - magasins - minoterie ( riz - manioc - huile de palme) - banque - pharmacie, etc…
Avant d'arriver à Kindu
Partis de Bruxelles, le 6 juillet 1955, en D.C.6, à 16 heures, nous avons fait escale à Tripoli (en Lybie) et à Kano (au Libéria). Nous sommes arrivés à Léopoldville, le lendemain matin vers 11 heures (locales), sous un ciel gris, ni cordial, ni réconfortant ( pendant la saison sèche), sous une température caniculaire.
Ce fut un vol sans “malaise”, de nuit, long, éprouvant et inquiétant. Un premier voyage en avion (à hélices) n'est pas une balade de ravissement, parce que chaque bruit préoccupe. Tout est si inhabituel qu'un simple tuyau d'échappement du moteur un peu rougi par la chaleur des gaz vous met dans une panique indicible. Que répondre au fiston de six ans qui vous demande si c'est dangereux ?
Enfin, il y a les énormes trous d'air, les escales qui vous imposent des atterrissages et des prises d'envol, le petit sac inoportun, placé sur le dossier du siège précédent, à portée de main pour des problèmes d'incommodité, les nuages si denses qu'on ne voit ni ange, ni saint, les jolies hôtesses de l'air au gentil sourire qui essaient de vous apaiser et de vous divertir alors que vous ne demandez que la paix et les bras de Morphée.
Nous faisons connaissance avec nos compagnons d'infortune, futurs directeurs aussi, qui accomplissent, comme nous, leur vol inaugural en D.C. 6.
A Léopoldville, la toute première impression est insolite. On ne voit que des “noirs” ! Y a t-il des blancs ?
Les valises nous échappent des mains, sans avertissement ! Elles seront déposées au bon endroit et rendues à la sortie du bureau d'enregistrement, après le rituel “matabiche.”
A l'extérieur de l'aérogare, pas de “chef blanc”pour nous accueillir ! C'est déjà la débrouille qui nous interviewe. Vive le Congo !
Où aller ? Que faire ? Et la famillle qui s'inquiète.
Je hèle le premier congolais ” à l'air sympathique”, un peu mieux habillé, qui semble attendre quelqu'un ! C'est un chauffeur du ” service de transport administratif “- (S.T.A.)
Il est chargé de nous conduire à l'hôtel . A la vue des inscriptions sur nos bagages, il sait où il doit nous emmener (on lui a, certes, donné des consignes) ! Nous ne comprenons pas ce qu'il nous explique, mais il faut lui faire confiance !
Nous sommes “déposés” avec nos valises devant un “palace” ! Notre chauffeur reste figé à côté de son véhicule et attend quelques pièces de monnaie. Il faudra s'y habituer; c'est la coutume !
Le Congo ! Ce pays merveilleux ! Cet inconnu qui se dévoile à nous
Premières démarches :
« On » nous communique que nous devons nous présenter, au plus tôt, au Gouvernement Général, Direction de l’Enseignement Technique, pour prendre connaissance de notre destination définitive et recevoir les premières instructions.
Comme de vrais inconscients, nous nous rendons, à pied, par une chaleur tropicale, en suivant l’avenue Albert 1er, cherchant l’ombrage !
Notre plus belle apparence, perdait de son éclat, au fur et à mesure que nous approchions du but !
Après bien des péripéties, nous voilà aiguillés vers le Directeur qui nous reçoit avec un sourire facétieux. Nous ne sommes plus de première fraîcheur et ne présentons, certes pas, les plus belles recrues de l’année 1955.
Je suis confirmé pour KINDU et orienté vers BUKAVU afin de prendre contact avec Monsieur Moffarts, Directeur Provincial de l’Enseignement du Kivu.
Après Léopoldville
Nous avons en main nos titres de transport pour Bukavu, la capitale de la province du Kivu.
Nous avons appris que Bukavu se situe à 1500 mètres d'altitude, au bord du lac du même nom (lac Kivu). La région a acquis la réputation de “ Côte d'Azur congolaise “, au climat moins débilitant. On y cultive la fraise et tous les légumes de chez nous. Cela nous réconforte et augure, dans nos esprits naïfs, de meilleures conditions de vie. Hélas !
Nous nous retrouvons après trois jours d'hôtel princier, à bord d'un D.C.4 à destination de Bujumbura, où un D.C.3 doit nous conduire à Bukavu. (les avions deviennent de plus en plus petits : D.C.6 - D.C.4 - D.C.3 ! - Y a t-il des D.C.1 ?).
Bukavu est aussi le chef-lieu de la région administrative ( district ) du Sud-Kivu. La ville est bâtie sur 5 presqu'îles, adossées à de hauts massifs montagneux s'élevant jusqu'à 2000 mètres d'altitude.
Le vol de Léopoldville - Bujumbura est sans histoire. L'avion survole toute la forêt tropicale. Du vert partout ! Mais où sont les congolais ?
Nous n'avons pas assez de nos yeux pour découvrir à travers le hublot notre nouveau pays. Nous constatons que les nombreux fleuves et rivières, sont à l'image du pays, démesurés, gigantesques. Et cette forêt qui n'en finit pas.
Nous débarquons à Bujumbura et attendons l'arrivée du D.C.3 qui doit nous amener à Bukavu. Nous n'avons pas le temps d'aller nous rafraîchir à l'aérogare !
Avant l'envol, nous sommes parqués sur le tarmac surchauffé (mais oui), en plein soleil ! Le délai imparti nous offre le loisir de fixer notre regard au sol. Nous observons les innombrables et étranges insectes qui cheminent çà et là, à la recherche de nourriture, peut-être ! De toutes couleurs, de toutes grandeurs, c'est impressionnant; ça fourmille de partout ! Mon épouse n'est pas rassurée ! Mon fils Franz, petit curieux, s'est accroupi pour mieux distinguer le va et vient des étranges scarabées multicolores. Sa soeur Annie, lui intime l'ordre de se redresser et de s'éloigner de ces ” choses dangereuses ” ! Mon épouse, Alida, piétine et écrase à qui mieux-mieux. On ne sait jamais ! Il n'est pas question de se laisser piquer.
Le D.C.3 arrive et se positionne à quelques mètres de nous. Il est si petit ! C'est un avion-cargo ! Les valises sont chargées avec divers colis, le tout fixé avec des sangles dans un espace ad-hoc de la carlingue, derrière les sièges passagers ! Nous allons voyager avec les colis et les vivres-frais ! Voilà qui est nouveau !
Nous quittons Bujumbura, heureux de voir l'étape se terminer. A peine sommes-nous installés, que l'avion commence de nombreuses voltiges. Nous savons que Bukavu se trouve en altitude. Nous ignorions que pour y arriver, il faut ” ondoyer ” dans les vallées, entre montagnes, tantôt sur l'aile gauche, ensuite sur l'aile droite, car le D.C.3 , non pressurisé ne peut voler en altitude, au-dessus des montagnes. Impressionnés, femme et enfants restent figés sur leur siège. Les oreilles bourdonnent à cause de l'altitude. Annie ne se sent pas bien !
Le steward a pris des couleurs foncées ! Finies les belles hôtesses de la Sabena. Le préposé “congolais” reste stoïque, impassible, sans se préoccuper des acrobaties ! Cela me réconforte un peu. On raconte que les congolais sont si peureux ! Celui-ci est intrépide. Il distribue des gommes à mâcher, des bonbons ou des sacs pour les estomacs récalcitrants !
Bukavu n'est plus très loin. On descend déjà ! Pour nous rassurer un voisin de siège, nous annonce que la plaine d'aviation de Bukavu, située entre montagnes est très courte ! Est-ce un joyeux plaisantin ou un type cruel qui veut faire de l'humour avec ma femme qui me reproche déjà de l'avoir entraînée dans une aventure sans pareille. On pue les novices ! Il en profite !
Tout se termine très bien. Nous sommes sur la terre ferme. Nous passons la douane. Et bien oui ! La plaine d'aviation se trouve sur territoire du Ruanda , qui est pays voisin ! C'est la rivière Rwindi (ou Rouwindi) qui fait la frontière.
Nous faisons connaissance avec Monsieur Vandeplas, Inspecteur, qui nous accueille et nous conduit à l'hôtel.
Nous avons une journée de repos pour nous détendre après un vol aussi stressant ! Monsieur Vandeplas viendra nous chercher, avec son auto, le surlendemain pour nous rendre au bureau provincial de l'Enseignement.
Nous faisons l'inventaire de la chambre. Mon épouse inspecte armoires et tiroirs pour caser les vêtements et les défroisser. Elle se dirige vers la table de nuit, tire le tiroir, qui libère un gros cancrelat. Un cri ! L'épouvante s'installe et les premiers graves reproches fusent ! ” Tu nous a emmené dans un pays non civilisé ! C'est plein de bestioles ici ! On va y laisser sa peau ! “

Bukavu
DE BUKAVU à KINDU
Monsieur Vandeplas a tenu parole. Il est venu me chercher à l'hôtel afin de me présenter au Directeur Provincial et à ses collègues Inspecteurs.
Les quelques jours passés à Bukavu ont été consacrés à la mise au courant des problèmes administratifs.
Sous la houlette de l'Inspecteur, j'ai appris à évaluer les premières difficultés. Tout est nouveau ! Bientôt du matériel me parviendra dans un laps de temps plus ou moins long. Il faut compter avec les lenteurs africaines : les communications, les transbordements train-bateau ou inversement. C'est le Congo avec toutes ses surprises !
Une anecdote:
Nos repas pris à l'hôtel nous ont permis d'aprécier la cuisine congolaise. Un peu trop curieux, un peu trop ” gourmet gourmand “, désireux de tâter un peu de tout, j'ai commandé en fonction des spécialités locales. La sauce au pilipili sur toutes les tables m'a guéri de ma gourmandise. Étalée à profusion, la première dégustation fut un désastre pour mon palais qui sollicita de nombreux rinçages ? J'étais vraiment soumis à toutes les sauces congolaises !
Après ce modeste apprentissage, nous sommes expédiés à Kindu Port-Empain ! C'est là qu'a débuté notre vraie vie de colonial !
à Kindu :
En 1955, l'aérogare de Kindu, était une modeste construction, genre Far West, sans grande commodité !
Comme à Bukavu, on nous attendait ! Un véhicule nous amena avec nos valises et bagages à ” l'hôtel Maniéma ” . Pour les anciens, c'est l'hôtel Chakas, du nom de son ancien propriétaire : un grec. Actuellement, il est tenu par un suisse, du nom de Marius Golay. C'est le modèle du parfait colonial !
Nous n'avons d'yeux, que pour le bâtiment, qui n'a rien d'un hôtel. Imaginez un grand hall ouvert, à tout vent, sans porte, ni fenêtre, au toit en plate-forme supportée par des pieux en béton. Dans le fond, contre un mur, un comptoir avec son factotum congolais, bien calé sur son siège. Des tables et des chaises garnissent cette immense salle : c'est le restaurant - salle de danse - cinéma - tout en un ! On distingue un vieux piano dans un recoin.
Après plus de cinquante ans, je ne pourrais plus vous décrire mes impressions ! Mais, je me souviens avoir été extrêmement dépité, désillusionné, contrarié même, parce que j'avais emmené ma famille, qui ne devait pas applaudir le jeune colonial qui se dégonflait à la vue de ce tableau, si peu enchanteur!
Le pire était à venir !
Arrivés dans la chambre, ce fut l'amertume, le désenchantement ! C'était une immense pièce avec ses trois lits entourés d'une toile moustiquaire, sièges en rotin et table de nuit rustique. La baignoire se trouvait dans la même pièce. L'émail avait perdu sa couleur blanche pour se teindre en brun clair, d'une ocre caractéristique à la contrée. Un rideau cachait les nudités quand cela était nécessaire.
A l'époque de l'ancien propriétaire, l'eau de bain était soutirée du fleuve et amenée par des serviteurs, au moyen de réservoirs appelés ” touques “. Cette eau fluviale, teintée par les oxydes de fer contenus dans le sol avait mordu l'émail qui avait viré en harmonie avec la couleur de la région. Tout le décor avait cette couleur: poussière, routes (en latérite), essuies, draps, etc. En saison sèche, même la végétation se drapait de la couleur locale.
Le lendemain de notre arrivée à Kindu
Nous sommes installés à l'hôtel Maniéma depuis hier, 20 juillet 1955. La chambre ou plutôt la ” piaule ” n'a rien de plaisant. On y reste le moins longtemps possible, sauf pour la toilette et pour fermer les yeux !
Ce matin, nous quittons notre ” quartier sinistre ” pour aller exercer notre curiosité et peut être apprécier, un peu mieux, où nous sommes plantés. Nous envisageons de faire le tour de la “municipalité “, par désir de connaître, pour enfin nous rendre compte de ce qui nous attend.
Nous avons de la correspondance à poster . La famille doit attendre avec impatience le récit de notre aventure. Nous avons trahi un peu la vérité pour ne pas bouleverser les parents. On ne peut tout expliquer !
Nous cherchons toujours le bureau des postes. Nous sommes impressionnés par l'activité qui règne dans la cité blanche. Les rues sont animées, “noires” de monde, au sens vrai du terme. Est-ce l'effervescence habituelle ?
Nous sommes perdus dans la réalité des choses. Le calendrier indique aujourd'hui le 21 juillet. Quel jour sommes-nous ? Est-ce dimanche ? Non.
Nous sommes jeudi ! Il ne doit pas avoir beaucoup de monde au travail ! Nous rencontrons le Monsieur de la Belgica avec qui nous avons bavardé, un peu, hier soir. Il nous signale que c'est la fête nationale et qu'il y a du spectacle sur le fleuve et au Centre Extra-coutumier ( Cité congolaise ), à partir de 14 heures.
Nous sommes hors du réel et acceptons d'aller voir, mus par une curiosité qui s'éveille. Nous postons le courrier et prenons connaissance du programme des festivités. Le défilé des personnalités ne nous intéresse pas. Nous irons en premier lieu, voir la course de pirogues sur le Lualaba. Ensuite les danses indigènes.

Course de pirogues sur le Lualaba
Je me rends à l'évidence que la connaissance de la langue est primordiale. A Kindu on parle le swahili. C'est un langage de communication, parmi les nombreux dialectes. (500 dialectes et 4 langues de communication : swahili - tshiluba - Kicongo - Lingala). J'ai découvert, dans une boutique, un petit fascicule : pour se dépêtrer des arcanes de la langue. Ce sera bientôt mon livre de chevet !
J'ai a ma disposition un appareil photographique assez vétuste : une espèce de boîte à simple objectif qui focalise tout. Non ! Presque tout !
J'ai l'intention de faire quelques photos. Pourra t-on les développer ? J'ai déjà mis en mémoire notre passage à Léopoldville et à Bukavu. Pourrais-je me procurer des films pour mon vieux clou ?
Renseignements pris, chez Kindu-Photo, on vend tout ce qui peut satisfaire les férus de la pellicule. Eh bien ! Kindu n'est pas le bled, le trou que j'imaginais !
Une seconde constatation qui me séduit : les gens de l'endroit sont sympathiques, bienveillants et disposés à l'entraide.
Les congolais que nous interrogeons sont de bonne composition : pas trop obséquieux, un peu lèche-bottes. Ils voient qu'ils ont à faire avec un “bleu” et flairent le “matabiche” (pourboire). Ils nous feraient acheter tout le musée colonial de Tervueren : bibelots, ivoire, ébène, etc !
Nous nous sommes promenés un peu partout, d'une rue à l'autre, pour repérer les magasins, les étals, les boutiques.
Dans les rues commerçantes, c'est le rassemblement du monde entier : magasins grecs, indous, portugais, etc et quelques belges. Près du bureau des postes se trouve le bureau de l'Administrateur du Territoire ; un peu plus loin, la maison du Commissaire de District.
Nous ne connaissons personne ! Et nous sommes un peu la curiosité des vétérans.
Une première inquiétude bouleverse les enfants. Il y a des lézards au plafond ! Est-ce dangereux ? Vont-ils se laisser tomber sur nous. Alida n’est pas sécurisée, malgré mes paroles rassurantes.
Nous avons assisté aux spectacles prévus pour la fête nationale.
La course de pirogues a vivement intéressé les enfants. C’est la première fois qu’ils assistent à un tel divertissement.
Y a t-il des crocodiles dans le fleuve ? Sont-ils tapis ! Est-ce dangereux ? Si un pagayeur chutait dans l’eau ! Nous craignons pour une équipe dont la pirogue oscille « dangereusement ! »
- Je ne vous connais pas, vous êtes nouveaux ? Qui êtes vous ?
- Quel âge ont les enfants ? D’où venez-vous ? Pourquoi êtes-vous ici ?
L’arrivée, au but, des pirogues nous libèrent d’un questionnaire intéressé. Les bravos fusent. Le spectacle est terminé.
Le spectacle débute par des danses rituelles, au son du tam-tam. Il paraît que « certaines figures » symbolisent des scènes ou règne la gaieté, l’euphorie, le deuil. Nous apprécions sans comprendre.

J’ai hâte de comprendre et parler le swahili. La plupart des aborigènes vous adressent la parole dans la langue véhiculaire. Les aînés (muzee ) ne connaissent pas, ou très peu, le français.
Dans mon rôle de directeur d’école, il est impérieux de pouvoir converser, dialoguer ou discuter avec l’indigène, quel qu’il soit. Les agents auxiliaires d’entretien ou de surveillance, de l’école, sont recrutés parmi les offres d’emploi du C.E.C. et selon toute probabilité ils n’auront pas suivi de cursus en français, les cours se donnant, à l’école primaire, dans la langue vernaculaire.
L’ascendant sur le personnel ne peut être admis que si l’on se comprend, que si l’on s’accepte. La possession de la langue est un des moyens pour y parvenir.
Je suis déjà presque apte à régler mes notes d’hôtel dans la langue du pays !
J’ai emmené ma petite famille au bureau du Territoire pour l’inscription obligatoire sur les registres de population. J’en ai profité pour rencontrer l’Administrateur, l’Autorité en place, et régler, avec lui, les problèmes de logement et d’administration de l’école.

KINDU A L’ÉPOQUE DU CINQUANTENAIRE DU CONGO
KINDU-PORT EMPAIN, chef-lieu du district du Maniema, était relié par le rail à ALBERTVILLE (devenu KALEMEI) - ( sur le lac TANGANIKA ) et au KATANGA ( SHABA ) puis à LOBITO : port angolais situé sur l’Atlantique au sud du Congo. Par le fleuve, on pouvait rallier LEOPOLDVILLE à condition d’emprunter le train de PONTHIERVILLE à STANLEYVILLE ; le fleuve n’étant pas navigable sur cette portion
De nombreux colons se sont installés à l'extérieur de la cité (menuiserie, garage, carrières, boissons (Mikeleau ) commerces divers, des sociétés coloniales : TRANSKAT - ELAKAT - CEDEC - SYMETAIN - COFOLAC,etc.
Les locomotives de la C.F.L. étaient du type diesel ; dans les compartiments voyageurs, l’air était conditionné.
Un camp militaire se situait à 25 km de KINDU.

La mission

L' hôpital

Vue de Kindu

Une rue de Kindu
LES DÉBUTS DE L’ÉCOLE OFFICIELLE DES MÉTIERS
L’école officielle des métiers était située sur la colline de Basoko à côté du S.T.A.(service de transport administratif), à la limite du quartier industriel, à proximité d’un petit village indigène.
Les élèves occupèrent les nouveaux locaux, en février. Il était inopportun de mélanger élèves et ouvriers sur le chantier de l’école avant la réception définitive. Nous disposions dès lors d’un bâtiment-classes avec locaux administratifs, magasin, salle des professeurs, ainsi que de 3 immenses ateliers. Le tout était complété d’une cuisine extérieure, d’un local pour groupe diesel-alternateur de secours, et enfin d’un magasin «hermétique » pour stocker les denrées alimentaires. Un internat-dortoir compléta ensuite la structure de l’école. L’herméticité du magasin-vivres devait être telle qu’aucun prédateur (fourmis - iules- cancrelat - lézard ) puisse y pénétrer. Les élèves recevaient gratuitement un repas cuisiné à l’école (avec viande ou poisson), une salopette de travail. Les fournitures classiques et l’outillage étaient distribués gratuitement.
Tous les enseignants étaient belges ; les professeurs de travaux pratiques étaient assistés par des «moniteurs » noirs provenant de l’industrie. L’école organisait de nombreuses activités extrascolaires : scoutisme - théâtre - musique- football.
En septembre 1956, nous ouvrions une 5ème et 6ème préparatoire primaire, une section technique de mécanique générale (ajustage,machines-outils, soudure, traçage) ainsi qu'une section d'électricité, en cours du soir pour les ouvriers de l'industrie. L'élan était donné, à l'école, qui prennait de plus en plus d'importance aux yeux des utilisateurs de main-d'oeuvre, de Kindu.
En septembre 1959, je cédais la direction, de Kindu, à un collègue, venant du Bas Congo, afin de pouvoir occuper l' emploi de Chef de Bureau, au Bureau d'Etudes de l'Enseignement Technique à Léopoldville.(Directeur Mr. Deheyn) (Gouvernement Général).
Pour la rentrée scolaire de 1960, j'avais été désigné pour ouvrir et diriger l'Ecole Normale pour Moniteurs Congolais à Stanleyville. Hélas les troubles de l'indépendance m'ont retenu en Belgique où j'ai repris ma carrière dans l'Enseignement Technique.


Vue de deux ateliers




Bâtiment cours théoriques

Bâtiment cours théoriques (vue de la cour)

Visite à la carrière

La clique de l'Ecole

Elèves de la section maçonnerie

Un groupe de professeurs et de moniteurs

Deux instituteurs congolais

Moniteurs

Quelques élèves de la première mécanique auto

Vue aérienne - l'école et le fleuve Lualala avec une île

Promesses - Elèves scouts


Un flamboyant


L’ENSEIGNEMENT CONGOLAIS
Grâce aux gouvernements belges successifs, les missions ont toujours joui dans l’enseignement pour congolais , d’un "certain" monopole. Toutes les écoles, avant 1954, étaient, soit des écoles de missions, soit desservies par les missionnaires. C’est en 1946 qu’ont été créées les premières écoles officielles laïques pour européens (belges principalement) et c’est seulement à partir de 1950 que quelques enfants africains « évolués » furent admis dans ces écoles.
C’est à la suite du rapport « COULON , DEHEYN . RENSON » ( 1954 ) que le Ministre Auguste BUISSERET instaura, au Congo, un enseignement officiel laïque pour congolais.
Cet enseignement était dispensé , en partie , par les missionnaires, mais surtout par de nombreux «moniteurs congolais » qui ne brillaient pas toujours par leurs qualités de pédagogues.
La faiblesse de cet enseignement était principalement due à l’enthousiasme des missionnaires pour les dialectes locaux. ( SWAHILI - TSHILUBA – KIKONGO – LINGALA ) Beaucoup de religieux belges, qui enseignaient au Congo, étaient d’origine flamande. Certains ont, certes, donné préférence aux langues indigènes, sans doute à cause du peu de sympathie qu’ils avaient pour la langue française !
Il en était de même dans les écoles des missions protestantes dirigées principalement par des américains où l’ enseignement était aussi dispensé dans les langues locales.
C’est ainsi que la majorité des élèves des écoles de brousse furent formés dans des dialectes qui variaient d’une région à l’autre. Seulement quelques rares congolais purent accéder à un niveau supérieur . Il n’existait, donc avant 1954, qu‘un enseignement «primaire» pour la « masse » ; quelques petits et grands séminaires pour la formation de prêtres congolais ; un enseignement professionnel en 2 ans à l’intention des futurs ouvriers subalternes du secteur privé ; quelques rares écoles de clercs-secrétaires ou dactylos ainsi que quelques établissements pour la formation d’ auxiliaires médicaux.
FAUT – IL ACCABLER LES MISSIONS ?
Tout ceci paraît être un réquisitoire contre les missions ! MAIS !
Pour comprendre le monopole des missions , dans l’ enseignement , il faut savoir que TOUS les responsables de la politique coloniale belge « à BRUXELLES », ( de n’ importe quel parti politique, de gauche ou de droite ) ont toujours prôné la religion comme système éducatif . Aux congolais s’imposait une morale simple.
Certains dirigeants belges ajoutaient même, à l’époque : « L’ABSENCE DE FOI CHRETIENNE EXPOSE LES ESPRITS AUX PROPAGANDES SUBVERSIVES ET NOTAMMENT AU COMMUNISME ».
Beaucoup de parents congolais, déçus de l’enseignement et au courant du vent d’émancipation d’après guerre, demandèrent, pour leurs enfants, un enseignement laïc valable , devant conduire les meilleurs à l’Université. C’est le pourquoi du changement de politique instauré par le ministre Buisseret, en 1954. Le succès des écoles laïques a été essentiellement le fait que l’enseignement fut dispensé, dès le 1er degré, en français.
L’ ENSEIGNEMENT TECHNIQUE OFFICIEL.
En 1955, six enseignants belges furent engagés, sous contrat, pour aller ouvrir des écoles techniques et mettre sur pied un enseignement à l’image de celui qui était dispensé en Belgique.
Je faisais partie de ce premier lot d’envoyés et six premières écoles allaient être ouvertes et réparties dans des endroits où la main-d’œuvre qualifiée était devenue indispensable à l’évolution économique de la région. Il devait s’agir, de : LEOPOLDVILLE (Kinshasa) – COQUILHATVILLE (Mbandaka) – BOMA – PAULIS – ELISABETHVILLE (Lubumbashi) et KINDU-PORT EMPAIN. Les bâtiments scolaires étaient presque terminés et l’année scolaire devait débuter en septembre 1955.
S’agissant de KINDU, il faut savoir que ce «poste » prenait de l’importance par le développement de la C.F.L. (société des chemins de fer des grands lacs ). KINDU allait devenir chef-lieu du district du Maniema et se voir doté d’un aérodrome moderne.
POUR SE FAIRE UNE IDEE DU PAYS
D’une superficie égale à 80 fois celle de la Belgique, le Congo, traversé par l’équateur, était divisé en PROVINCES - les provinces en DISTRITS - les districts en TERRITOIRES - les territoires en CHEFFERIES.
Pour se représenter la dimension du pays ( 80 fois la Belgique ), il faut savoir qu’un territoire, était plus étendu que la Belgique entière. Celui-ci était dirigé par un Administrateur de territoire, belge, assisté d’une administration mixte (belge et congolaise ). Les Congolais étaient affectés à des tâches secondaires. A l’entrée du bureau de l’Administrateur se trouvait de faction un «zamu» ,en costume bleu, la tête surmontée d’un « chéchia » ? C’était une espèce d’huissier destiné à de multiples «allées et venues » et qui annonçait les visiteurs. Des «clercs» congolais assistaient les «blancs» dans les fonctions de secrétariat.
Les Belges de l’administration, des travaux publics, des services d’hygiène, de la police, etc, et de l’enseignement s’habillaient selon des tenues réglementaires : costume blanc ou légèrement kaki, avec insignes de grades et casque colonial ou képi. Les Belges de l’administration d’Afrique affichaient leur « grade » sur leurs épaulettes qui comportaient, suivant « l’échelon » dans la fonction, un certain nombre de barrettes de couleurs et de largeurs diverses (dorées, argentées, étroites, larges). Les épaulettes étaient de couleur, fonction du service ou du type d’administration. Dans l’enseignement, elles étaient vert-clair.


Epaulettes
L'indigène reconnaissait immédiatement le « bwana mukubwa » (Agent de l’Administration) ; un simple regard sur les épaulettes suffisait.
Chaque année, tous les agents belges d’Afrique recevaient un bulletin de signalement, établi par le chef direct et proposé aux autorités supérieures. Il reprenait les états des services avec appréciation de détail , une appréciation synthétique du mérite ( élite – très bon – bon – assez bon – médiocre ) ainsi qu’une appréciation à l’avancement de grade.
L’augmentation de traitement était tributaire de la cotation. La mention «médiocre » constituait une mesure de rapatriement pour incapacité (sans augmentation de traitement )
L’administration d’Afrique s’assurait ainsi des éléments de valeur et par voie de conséquence un gage de réussite dans les diverses activités résultant de la colonisation.
Vivre à Kindu !
Comment exprimer tous nos sentiments d’étonnement et de surprise, depuis notre départ de Belgique, jusqu’à notre arrivée à destination, c’est-à-dire à Kindu ?
L’immensité du pays vous écrase. Tout est à l’image de la contrée, énorme, fantasmagorique, fabuleux, exceptionnel, merveilleux, mais trompeur à la fois !
Les « bilulus » (insectes) par exemple, sont énormes.
La végétation est exubérante, luxuriante, mais les fleurs sont magnifiques, éblouissantes. Quiconque n’a pas vu de flamboyant en pleine floraison, ne peut s’imaginer ce que la nature peut nous offrir de si merveilleux !
Le soleil se lève et se couche « en vitesse » !
Les murs extérieurs des habitations sont peints avec du badigeon clair ; le blanc domine. On rencontre beaucoup de maisons coloniales avec jardinets garnis de gerberas, la fleur congolaise par excellence.
Dans les rues, animées, on y découvre beaucoup de commerces bien achalandés, de nationalités étrangères : portugaise, indoue, pakistanaise, grecque, etc. On y vend de tout, même des camphriers, espèces de coffres en bois de camphre sculpté, pour entreposer des vêtements et les mettre à l’abri des bestioles.
Sauf l’essence, tout coûte plus cher qu’en Belgique ! Les marchandises importées sont hors prix. Les Européens consomment beaucoup de produits locaux.
Il n’y a pas de facteur. Le courrier s’achemine par avion ou par bateau suivant l’importance de l’affranchissement. Par bateau, vers la Belgique le courrier met trois semaines avant de parvenir à destination.
A Kindu, la poste délivre une boîte-postale à chaque résident, moyennant location.
Kindu dispose du téléphone. Pour chaque appel, il faut passer par un agent congolais qui vous branche sur le numéro du correspondant.
Mésaventures :
En Belgique, on se poserait la question : pourquoi prendre si peu de précaution, et laisser les fenêtres entrouvertes, alors qu’il suffit de placer une moustiquaire.
Les galettes
Qu’elle est imprévisible cette nature africaine !
Après une soirée entre amis

La plupart du temps, alors que les enfants sont au lit, on écoute de la musique, on fait de la lecture ou des mots croisés, soit on écrit à la famille, soit on invite des amis.
Mon épouse, à l’instinct maternel exacerbé, n’autorise nullement que le boy surveille la maisonnée en notre absence. Ou bien les amis nous invitent avec les enfants ou nous les recevons ! C’est la règle et nous n’y dérogeons pas.
Nous avons passé la soirée en bavardages entre voisins, en nous désaltérant. La bière (Stanor, Tembo ou Simba - toutes trois de fabrication congolaise) ou le whisky soda sont les deux mamelles de la colonie belge. Nous en faisons un usage quotidien ! Pas d’abus, mais il arrive quand même des jours où la soif tenaille.
Les amis partis, nous allons au dodo !
Nous « entrons » au lit et refermons, latéralement et sous le matelas, (avec soin ! ) la moustiquaire. Le cordon de l’interrupteur qui passe par un petit trou du voile est actionné et nous dormons du sommeil du juste.
Bien blotti dans les bras de Morphée, mon organisme lui, continue à travailler et m’annonce avec empressement que des vidanges seraient bien nécessaires.
Tant bien que mal, je me lance à la « découverte » de ce fameux cordon, souvent insaisissable, pour m’occuper de l’éclairage !
Ce bout de ficelle se « planque » quelque part ! La pression liquide au niveau du pubis atteint la cote d’alerte ! A tâtons, dans l’obscurité complète, plus moyen de trouver la sortie.
Je suis perdu sur ma « paillasse ». Mon épouse s’éveille (en maugréant), trouve facilement le cordon récalcitrant, fait de la lumière ! Elle me découvre bêtement au pied du lit, cherchant en vain une issue.
Inutile de vous décrire la réaction féminine « oh » combien sarcastique et ma course vers la délivrance. J’ai encore promis, ce jour là, d’essayer de me comporter avec plus de modération lors de mes problèmes de rafraîchissement ! Comme dans la fable, on ne m’y prendra plus !
Boleke :

Nous avons hérité d’un petit chien appelé « Boleke ».
Un jeune instituteur, logeant à l’hôtel, nous l’a confié. Ce charmant toutou est devenu le compagnon de notre fille Annie. Il a bien vite pris possession des lieux, et s’est octroyé le rôle de chien de garde.
La maison est bâtie sur une parcelle rectangulaire. Un des angles droits est limité par deux routes adjacentes. Un mur extérieur encadre le terrain, sauf l’entrée.
Notre Boleke a tout un espace à sa disposition. Il sait qu’il ne peut dépasser une certaine limite stricte, car la sortie donne sur la route.
Nous ignorons pourquoi, mais Boleke ne supporte pas qu’un congolais passe devant son territoire ! Tout aussitôt aperçu, il s’élance à la poursuite de l’intrus et lui mord le tendon d’Achille. (Mon épouse dispose de tout un équipement de secours pour soigner les blessés et panser les contusions. )
Son impétuosité se manifeste uniquement envers les « congolais ». Tant et si bien que nous devons monter la garde quand notre « défenseur » est de faction.
Le boy Marcel et son épouse Malata, eux, sont les amis du toutou, parce qu’ils font partie de la famille. Malata le promène souvent à la laisse et profite de la « négrophobie » de Boleke pour l’emmener au marché. Dans la foule, il fait place nette autour de lui et notre « boyesse » peut être servie sans devoir attendre.

Chien méchant !
Se sentant suivie du regard par un servant congolais et intriguée par l’insistance du personnage, elle se dirige vers l’individu qui tout de go lui dit : « Madame, je te connais bien. Tu habites Kindu et tu as un chien qui fait des « matata » (qui fait des méchancetés).
A plus de 700 km de Kindu, Boleke était connu pour sa « hargne » envers » la gent congolaise »
Boleke est revenu en Belgique, a fini ses jours chez nous. Il est devenu le compagnon fidèle de la belle-maman.
Il a continué la chasse, mais à tous les uniformes : facteurs, curé, brasseur, policiers, etc. et à toutes les chiennes de la région. Boleke ne nous a pas complètement quitté. Son arbre généalogique ne s’est pas encore éteint !
Les " bilulus " ( les insectes)

Le cancrelat est une blatte de la dimension d’une phalange. C’est un insecte aux mœurs nocturnes, qui se nourrit de déchets alimentaires. On le rencontre le plus souvent dans les cuisines. Tout plat cuisiné doit donc être bien étanche ! Ils sont pratiquement invisibles. Aplatis, ils se faufilent partout, dans des recoins, même dans les boîtiers des prises de courant ou interrupteurs.
On les rencontre quand on ne s’y attend pas. Ce sont des coureurs rapides qui apparaissent lorsqu’on fait de la lumière ! Il faut surtout éviter de les écraser, à cause de l’effet explosif et gluant qui en résulte. On les extermine avec une poudre spéciale, dont j’ai oublié le nom.
Les services d’hygiène placent régulièrement des bombes fumigènes dans les sous-toit, pour chasser tous les « indésirables ».
Le soir, le colonial aime se désaltérer sur la « barza » (terrasse). Une lampe, diffusant une lumière jaune, éclaire les lieux, ce qui rend les gens blafards !
C’est la seule solution dont on dispose pour éviter l’invasion d’éphémères, qui attirés par un éclairage normal, s’agglutinent au plafond et se brûlent à l’ampoule pour s’éparpiller partout. Les lézards font un festin de ces bestioles. Suspendus grâce à leurs pattes ventouses ils se « gavent » de ces insectes, à telle enseigne qu’ils oublient parfois de se cramponner convenablement et viennent échoir n’importe où, quelques fois dans un verre de bière ou de whisky.

Lézard au plafond
Ils se dissimulent souvent dans des endroits proches de leur « ripaille » et apparaissent subitement lorsque la lumière est allumée.
Un soir que nous étions allé rendre visite à des amis, de retour, nous nous insinuons par la barza de la maison. Mon épouse ouvre, entre et tire, aussitôt, la tenture qui voile la porte-fenêtre.
A l’instant même, un lézard caché dans un repli du tissu, est réveillé de son profond sommeil et échoit dans le décolleté plongeant de mon épouse.
Ces bestioles à sang froid sont inoffensives, mais dans un soutien-gorge, elles sont mal tolérées.
Nous avons assisté à un déshabillage impromptu, instantané, imprévu même. Mais la pauvre bête fixée à la peau par ses pattes-suçoirs s’est vue dépossédée de sa queue par l’action brutale de mon épouse qui avait pensé extraire la bête par le seul bout préhensible.
Ce sont des instants que l’on ne peut oublier et la cocasserie de la scène reste gravée dans notre mémoire.
Marcel et Malata
Notre serviteur (boy) Marcel et son épouse Malata, logeaient dans la boyerie, attenante à la maison. Ils adoraient nos enfants Annie et Franz.
Ils étaient sans postérité. C’était leur grande tristesse et avaient reporté leur bienveillance sur nos enfants.
Lorsque Malata faisait des kitumbulas (beignets à la farine de manioc), elle invitait notre fille Annie, à la dégustation.
Nous savons qu’elle s’occupait, avec beaucoup de plaisir, de notre chien Boleke.
Marcel était le dévoué par excellence. Il avait convenu avec notre fils Franz d’aller lui porter, son cartable, les jours de classe, dans un endroit convenu et secret, de la cour de l’école.
Il quittait la maison par l’arrière et se rendait, tel un sioux, via un sentier, à l’établissement tout proche.

Marcel
La matinée était consacrée aux travaux domestiques. Après avoir aéré la literie, Marcel s’affairait à « refaire les lits » ! Il y excellait dans sa façon, à lui, de plisser les draps du dessus, afin leur donner une présentation digne d’une salle d’exposition.
Les sols des maisons coloniales n’étaient pas carrelés. Une coulée en béton coloré servait de pavement. Chez nous le sol était teinté d’un rouge sombre, qu’on entretenait au moyen d’une cire spéciale pour parquets.
Marcel gardait la maison pendant les grandes vacances, lorsque nous étions retournés au pays. Nous étions assurés de la bonne surveillance du logis pendant les mois juillet et août. Il recevait en retour une indemnité pour son bon dévouement.
En septembre 1957, nous sommes de retour à Kindu, pour la nouvelle année scolaire. Nous retrouvons notre maison très, très bien entretenue, propre, nette, trop soignée même.
Notre bon Marcel, pour nous prouver son attachement avait enduit le sol de la maison. Cela n’avait rien de répréhensible, sauf que la dose de cire rouge était telle que, pendant des mois, les plantes des pieds, ainsi que bas et chaussettes se coloraient d’un rouge tenace.
Il était heureux de nous prouver son dévouement, que nous mesurions à sa juste valeur, pendant des mois, à la vue de nos « rouges panards » !
Les fourmis légionnaires:

Les fourmis légionnaires telles que les fourmis « safari d'Afrique » ou fourmis guerrières ont été surnommées les « Tartares » du monde des insectes. Elles vivent en communauté de centaines de milliers d'individus. Elles passent leur vie à errer et à « razzier » tout ce qu'elles trouvent sur leur route. La fourmi nomade possède des mâchoires d’une force redoutable. Les bouts sont en forme d’hameçons et pénètrent facilement la peau humaine. Les muscles de sa tête serrent si fortement les mâchoires qu’une fois refermées, la fourmi a du mal à lâcher prise. Les mâchoires restent accrochées à la proie, même quand la tête a été arrachée.
Un soir, nous sommes alertés par un surveillant de l’école. Il a repéré une colonne de fourmis légionnaires qui traverse la parcelle. Nous avons des élèves dans un dortoir et devons donc intervenir.
Il fait nuit et nous nous éclairons avec des lampes de poche qui n’illuminent pas complètement le champ investi. Monsieur Bailly, ne remarque pas que des fourmis s’éparpillent dans tous les sens. Il doit certes en écraser quelques-unes dont certaines en sentant la « chair fraîche », grimpent le long de ses jambes, en mordant un peu partout. C’est alors que je vois Monsieur Bailly se dévêtir complètement afin de repérer les légionnaires qui s’étaient permis de maîtriser sa pudibonderie.
Les enfants:

Annie et la fille Zweri

Franz et Annie déguisés en mineurs (carnaval 1956)

Franz et Annie prêts pour l'école (1957)

Annie - Franz - Marcel et Malata

Franz et Annie en communiants (1956)

Franz - Annie et Coco

Franz - Annie et Boleke

Chorale - fête scolaire - école primaire

Fête scolaire - le banc public - Annie deuxième gauche

Annie et ses amis dans la cour de l'école-(Bailly et Theunissen)

Distractions coloniales
Les distractions étaient assez simples. On organisait des soirées entre amis communs; on discutait, on écoutait de la musique, en buvant une bière (bien froide) ou un whisky soda. Quelques fois on en profitait pour faire apprécier une cuisine locale : calderade, moambe (poule à l'huile de palme ou aux arachides). Tous les vendredis, c'était cinéma à l'hôtel "Maniéma". Après le souper, on disposait, en rangées, tables et fauteuils dans la grande salle à manger, ce qui permettait de siroter un bon "désaltérant" en regardant le film.
Les sportifs se rendaient au club C.F.L. pour aller nager dans le bassin de natation ( non couvert ) ou pour participer aux compétitions de bouloir. D'autres faisaient du vélo (pas recommandable vu la température).
Les dimanches étaient souvent consacrés à des balades en auto pour visiter les environs, à Lokandu par exemple.
Les plus hardis allaient chasser (avec autorisation spéciale) l'éléphant, le buffle, le phacochère, l'antilope ou le singe. Il était souhaitable d'en avertir le chef coutumier qui déléguait des accompagnateurs connaissant les lieux de chasse (pour ne pas se perdre en forêt ou en brousse). Souvent, ces aidants participaient, à la réussite de l'expédition, contre récompense ! ( partie du butin)
Les hôtels organisaient des bals à la Noël, au réveillon de Nouvel an, au carnaval.
Nous allions rendre visite aux chefs coutumiers à qui nous offrions un cadeau de bienvenue. Nous repartions souvent avec un animal : swala (petite antilope), bouc (ça sent mauvais dans l'auto), perroquet, singe, etc.
Nous avons visité, en 1958, le parc Albert et les champs de lave à Goma, pendant les congés de Noël.
Les mamans organisaient des fêtes d'anniversaire pour les enfants, qui invitaient copains et copines.

Pique-nique avec les famille Perruche et Bailly

Sur laplage de Kisegni-Goma

Pêche au tilapia

Annie fête son anniversaire

Club C.F.L.

On promène Ma filleule Danielle Perruche

Chez les voisins

Chez Mr et Mme Theunissen

En brousse avec l'auto



Dans les escarpements avant Bukavu

La lave à Goma en 1958

Les volcans Mikeno et Karisimbi

Chef coutumier Aristide

Avec le chef coutumier Riba Riba, Mme Autrique et la Famille Degohy

Termitière et les amis Bailly et Bottriaux


Alida et les enfants à Bukavu
Objets souvenirs



Fer à repasser à makala

Masque à Barbe en raphia

Scène de tipoy

Tête en ébène

Pierre de lave

Timbres-poste

Ironie
Maladies tropicales (source Wikipedia)
Le colonial de 1950, malgré les progrès sanitaires, les services de désinfection et d’hygiène, est exposé à de nombreuses maladies de type tropical.
Il ne peut, au premier abord, s’expatrier, avant d’avoir subi une visite médicale et reçu les piqûres, injections ou vaccins contre les maladies les plus fréquentes.
Une fois installé au Congo, il est tenu de prendre régulièrement de la quinine ou nivaquine pour lutter contre les fièvres (paludisme : malaria - Maladie infectieuse transmise par un moustique appelé anophèle).
Sans vouloir dresser un tableau sombre des dangers potentiels de la vie sous l’équateur, voici quelques informations sur les maladies tropicales les plus fréquentes.
Ver de cayor
Cayor (nom d’un ancien royaume du Sénégal).
Le traitement consiste en l’extraction de l’asticot par pression manuelle. La cicatrisation est spontanée. Il faut toujours s’assurer de l’immunité antitétanique.
Il faut se rappeler, que les mouches sont attirées par les déjections naturelles et donc éviter les villages sans latrines où les mouches prolifèrent.
Filariose
Au départ, un moustique pique une personne infectée (celle-ci possède de nombreuses microfilaires dans son sang).
Le moustique ingère alors ces larves (microfilaires) circulantes en se nourrissant du sang de cette personne. Dans l’organisme du moustique, les microfilaires subissent un certain nombre de transformations pour pouvoir devenir des formes infestantes.
Elles se concentrent dans la trompe de l'insecte et sont alors prêtes à infecter une nouvelle personne. Lors d’une nouvelle piqûre, les microfilaires infestantes vont s'échapper de la trompe du moustique se répandre à la surface de la peau et pénétrer dans l’organisme humain, contaminant ainsi la personne. Les microfilaires gagnent alors le système lymphatique et se transforment. Après deux mues, elles auront atteint le stade adulte, on les appelle alors des macrofilaires. Elles peuvent atteindre jusqu'à 10 cm de longueur. Les macrofilaires peuvent pondre des millions d’œufs qui se transformeront en microfilaires qui iront infester d’autres personnes par le vecteur indispensable qui est le moustique.
Amibiase
Amibe : du grec = changement – protozoaire qui change de forme.
Animal unicellulaire des eaux salées ou douces se déplaçant par pseudopode (ex- pension du protoplasme servant d’appareil locomoteur ou préhenseur.) L’amibiase peut être la cause d’une ingestion d’eau non potable. Formation de kystes au foie, aux poumons, aux intestins, etc.
Bilharziose
Due à un mollusque femelle d’eau douce qui pond des œufs. Les larves obtenues par ces œufs contaminent un nageur imprudent. La pénétration a lieu par pénétration transcutanée lors de baignades ou de travaux dans l’eau, ce qui provoque des diarrhées ou dysenteries avec douleurs abdominales et ballonnements. Stade tardif de la maladie : accumulation des pontes où les œufs restent piégés (foie - hémorragies mortelles - complications cardiaques.)
Les moustiques sont le vecteur principal de la maladie. Après une période d'incubation de 3 à 6 jours, les symptômes typiques qui apparaissent sont la fièvre, des douleurs musculaires, des maux de tête et des douleurs dans le dos. La langue rouge, le visage livide et le cœur peuvent être touchés. Il peut y avoir une hémorragie du tube digestif : le sujet vomit alors du sang.
Il n'existe pas de traitement, c'est pourquoi la vaccination préventive est si importante. On ne sait que traiter les symptômes de la maladie et soutenir le patient, en particulier, en le réhydratant.
Précautions
Le jeune colonial est informé de telles éventualités. Cela ne développe pas de psychose !
Il est indispensable de prendre des dispositions afin d’éviter de telles maladies et surtout se rendre, dès les premiers symptômes, chez le docteur ou au dispensaire.
Vivre au Congo, c’est vivre comme ailleurs, en connaissance des rigueurs du climat. En Belgique en se prémunit contre les froideurs de l’hiver. En Afrique équatoriale, on se protège de la même façon, en connaissance de cause.
Hospitalité congolaise
Pendant les vacances de Noël, 1958, nous avons visité le parc Albert.
Le Parc des Virunga (ancien Parc National Albert), établi à partir de 1929, représente, de l'avis des spécialistes, l'expérience la plus réussie ou l'évolution du monde végétal et animal est laissée sans aucune intervention humaine. Il s'étend sur 300 km de longueur et 150 km de largeur (800 000 hectares) couvrant des milieux biologiques exceptionnellement variés, depuis le lac Kivu et la chaîne des volcans Virunga, jusqu'au pied des cimes neigeuses du Ruwenzori. C'est dans la forêt de la Semliki au nord du lac Edouard qu'a été découvert à la fin du XIXème siècle le fameux okapi, espèce particulière aux forêts de l'est du Zaïre.
Sur les pentes des Virunga vivent des colonies de gorilles uniques au monde, (sans doute, en partie décimée par le passage de centaines de milliers de réfugiés rwandais lors du génocide de 1994) dont la protection fut à l'origine de la création de ce parc. Dans toute l'étendue du parc Albert se rencontrent à foison : éléphants, buffles, lions, antilopes, gazelles, phacochères, hyènes, etc... (www.congonline.com)
Partis de Kindu, à deux familles, chacune dans sa Volkswagen, nous avons gagné le parc Albert de gîtes en gîtes ( entretenus par la colonie pour les agents en déplacement ). Sur le chemin du retour nous avons traversé le Ruanda puis le Burundi avant de reprendre la route vers Kindu.
A Astrida, (capitale du Ruanda) la veille du nouvel an, cherchant un asile pour la nuit, nous rencontrons un Monsieur très aimable qui nous signale un logement éventuel, mais nous fait remarquer que la plupart des gîtes d’étape sont occupés par des agents coloniaux qui y passent le réveillon. Il nous propose l’hospitalité au cas où nous ne trouverions rien ! Nous rendant à l’évidence, nous sommes retournés, de bon gré, auprès de notre cicérone, qui nous offrit l’hébergement pour la nuit. Monsieur le docteur Wolf, ( Le Docteur Wolf, au paravant avait été responsable médical dans une léproserie) il s’agit de lui, nous proposa la collation, nous laissa maître du logis, pour aller retrouver des amis au cinéma. Il nous montra le frigo, ainsi que nos endroits réservés pour le couchage. Partis le lendemain matin après le déjeuner gratuit, nous ne pouvions imaginer autant de gentillesse et d’hospitalité.
Chronologie 1955-1960
Bruxelles:départ:06/07/1955–arrivée :Léopoldville (07/07/1955).
1. Kindu : (E.P.O.M.) arrivée : 20/07/1955 - boy : Zwéri avenue du Commerce - Fête nationale : 21/07/1955
Belgique :arrivée : 24/07/1956 – retour congé par avion
2.Kindu :(E.P.O.M.) arrivée :01/09/1956–boy :Marcel–avenueLippens.
Belgique :arrivée : 18/07/1957 – retour congé par bateau via Lobito.
3. Kindu : (E.P.O.M.) arrivée :01/09/1957 – boy : Marcel – avenue Lippens.
Fête anniversaire : (15 NOV. 1958 - 50 ans - Congo Belge)
Belgique : arrivée :08/07/1958 – retour congé par avion.
4. Kindu : (E.P.O.M.) arrivée :01/09/1958 – boy : Marcel –avenue Lippens.
Belgique : arrivée : 04/07/1959 – retour congé par avion.
5. Léopoldville : arrivée : 08/09/1959 – Bureau d’études Gouv. Général.
Belgique :arrivée : 13/06/1960–
6. retour définitif par bat. via Matadi.
Nostalgie
Je suis âgé de 83 ans. J’ai de nombreuses fois rêvé de retourner à Kindu, voir ce qu’il est devenu.
J’ai œuvré, avec passion pour mon école et mes élèves. J’aurais souhaité les revoir et leur parler du chemin que nous avons fait ensemble.
J’ai eu le plaisir d’écouter, un ancien élève congolais, parler de ses études et me dire qu’il était ingénieur, en France.
Dans un taxi, conduit par Louis, fils de Madame Bailly, institutrice, il s’est dévoilé en parlant de Kindu avec un compatriote. Convié par Louis, il rendit visite à notre amie, d’où il pu me joindre. (Il était venu saluer un parent hospitalisé à Liège.)
Imaginez la joie de l’entendre préciser que c’est grâce à notre action, au Congo, qu’il était devenu quelqu’un de respectable.
J’ai été sollicité, jusqu’au rabâchage, pour reprendre la direction de l’école.
J’avais retrouvé une situation en Belgique, j’ai décliné à regret !
J’ai rassemblé dans un mémoire : « nos ancêtres, des coloniaux » la mise en place de l’E.P.O.M. de Kindu ainsi que son développement. Partis de rien, en quelques années nous avons bâti et équipé un établissement scolaire qui aurait pu être un modèle vis-à-vis de certaines écoles belges. La copie de cet ouvrage se trouve au musée colonial de Tervuren.
La rédaction de mes souvenirs m’a procuré beaucoup de joies. Elle m’a fait revivre un passé exceptionnel, que plus aucun européen ne pourra connaître.
10:04 Écrit par Kisu dans Congo Belge | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note | Tags : kindu, congo belge, ecole professionnelle, enseignement au congo |
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